HÉRALDIQUE

HÉRALDIQUE
HÉRALDIQUE

L’héraldique est la science historique qui a pour objet l’étude des armoiries. C’est une discipline méconnue qui a longtemps eu mauvaise réputation, notamment en France. À cela de multiples raisons, dont la principale se trouve sans doute dans la confusion trop souvent faite entre noblesse et port d’armoiries. Le grand public croit que les armoiries ont toujours été des marques de noblesse et que seuls ont pu en porter les individus et les familles qui étaient nobles. Or jusqu’au début du XIXe siècle, nulle part en Europe, l’usage d’armoiries n’a été réservé à une classe ou catégorie sociale privilégiée. Bien au contraire, toujours et partout, chacun a été libre d’adopter des armoiries et d’en faire l’emploi de son choix, à la seule condition de ne pas usurper celles d’autrui.

L’erreur qui assimile armoiries et noblesse semble dater de la Révolution française. Dans sa séance du 19 juin 1790, l’Assemblée constituante décréta la suppression des armoiries en même temps qu’elle décidait celle de la noblesse, des titres, des fiefs, des ordres de chevalerie, des livrées, etc. Par un jugement sommaire, les armoiries furent assimilées à des «signes de féodalité» et donc abolies. Or si les constituants avaient bien regardé autour d’eux, ils auraient constaté qu’à la fin de l’Ancien Régime toutes les corporations, toutes les institutions et administrations, tous les échevins, la plupart des marchands et de nombreux artisans portaient des armoiries. Mais le pli était pris et, malgré leur restauration au début du XIXe siècle, les armoiries ne purent jamais retrouver en France la place qui était la leur jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Et cependant, en France comme dans les pays voisins, les armoiries se rencontrent partout, sur tous les objets, monuments et documents que le passé nous a transmis.

D’autres motifs ont fait que l’héraldique soit longtemps restée une discipline négligée ou réprouvée. Parce qu’elle a fréquemment constitué le domaine réservé des généalogistes, parfois plus marchands de vanités nobiliaires qu’historiens rigoureux, la science des armoiries a souvent été un objet de méfiance pour la recherche scientifique et universitaire. Or il s’agit d’une science auxiliaire de l’histoire à part entière, au même titre que la numismatique, l’épigraphie ou la paléographie. Depuis les années soixante est heureusement apparue une héraldique nouvelle, ni généalogique ni nobiliaire, une héraldique qui non seulement s’efforce d’appliquer à l’étude des armoiries les règles rigoureuses de la critique historique, mais qui tente également d’élargir ses champs d’investigation, en soulignant combien les armoiries constituent un document exceptionnel dans un domaine moteur des recherches historiques récentes: l’histoire des mentalités. En effet, peut-être plus que toute autre, la société occidentale s’est reflétée dans ses emblèmes et semble avoir trouvé, à partir du XIIe siècle, dans les armoiries – une création emblématique qui lui est propre – le lieu privilégié de sa symbolique sociale.

1. Histoire des armoiries

Les transformations subies par les armoiries entre le XIIe et le XXe siècle rendent malaisé l’établissement d’une définition. La plus complète et la plus satisfaisante reste celle qu’a proposée Rémi Mathieu en 1946 (Le Système héraldique français , p. 13): «Les armoiries sont des emblèmes en couleurs, propres à une famille, à une communauté ou, plus rarement, à un individu, et soumis dans leur disposition et dans leur forme à des règles spéciales qui sont celles du blason. Certains caractères distinguent nettement les armoiries des autres emblèmes: servant le plus souvent de signes distinctifs à des familles, à des groupes de personnes unies par les liens du sang, elles sont en général héréditaires; les couleurs qui les composent n’existent qu’en nombre limité; enfin, elles sont presque toujours représentées sur un écu.» La longueur de cette définition et son caractère volontairement imprécis sur certains points («en général héréditaires», «presque toujours représentées sur un écu») traduisent bien la constante évolution et la grande diversité des armoiries.

Le problème de leur origine a suscité les plus vives controverses. Aujourd’hui, les spécialistes s’accordent sur trois points: les armoiries apparaissent en Europe occidentale dans le courant du XIIe siècle; leur apparition est liée à des causes à la fois sociales et militaires; elles n’ont été empruntées à aucune autre civilisation mais sont une création originale de l’Occident médiéval. Longtemps, en effet, on a cru que les Européens en avaient emprunté l’usage aux musulmans au cours de la première ou de la seconde croisade. On sait aujourd’hui qu’il n’en est rien. En fait, tout vient de l’évolution de l’équipement militaire des combattants occidentaux entre la fin du XIe siècle (époque de la broderie de Bayeux) et le milieu du XIIe: rendus à peu près méconnaissables par le nasal du casque (petite pièce métallique protégeant le nez) et par le capuchon du haubert qui tend à couvrir tout le bas du visage, les chevaliers prennent peu à peu l’habitude de faire peindre sur la grande surface plane de leur bouclier des figures – géométriques, animales, végétales – leur servant de signes de reconnaissance dans la mêlée des tournois et des batailles. On peut parler d’armoiries à partir du moment où un même personnage fait constamment peindre les mêmes figures sur son écu et où quelques règles interviennent pour en codifier la représentation. Ce dernier point est important et nous y reviendrons.

Mais le phénomène n’est pas seulement militaire; il est aussi social et se rattache à ce grand mouvement d’émergence de l’identité et des signes d’identité (armoiries mais aussi sceaux, patronymes, vêtements, couleurs, marques de toutes sortes) qui affecte les individus et les groupes entre le XIe et le XIIIe siècle. L’héraldique naissante contribue, comme d’autres signes (à commencer par les noms), à la remise en ordre de la société occidentale. D’abord réservées aux seigneurs et aux chefs de guerre, les armoiries sont progressivement adoptées par l’ensemble de la classe des chevaliers. Puis, au début du XIIIe siècle, toute la moyenne et petite noblesse, adoubée ou non, en est pourvue. Ensuite, le phénomène s’étend aux autres catégories sociales: tour à tour les femmes de l’aristocratie (dès la seconde moitié du XIIe siècle), les prélats (vers 1200), les bourgeois des grandes villes (vers 1220), puis les artisans (vers 1230), les paysans (vers 1230), les communautés civiles (dès 1199 pour la ville de Lille, 1204 pour Paris, 1209 pour Rouen, etc.) et religieuses (vers 1300) adoptent des armoiries.

C’est essentiellement par l’usage du sceau que cet emploi des armoiries s’est étendu aux non-combattants. Très tôt, en effet, les chevaliers ne se contentèrent pas de faire peindre les armoiries qu’ils avaient adoptées sur leur bouclier; ils les firent également figurer sur leur bannière, sur la housse de leurs chevaux, sur leur cotte d’armes, et sur tous les objets leur appartenant, dont naturellement leur sceau qui était l’image même de leur personnalité juridique. Peu à peu, toutes les personnes, physiques et morales, qui avaient un sceau prirent l’habitude d’en orner le champ au moyen d’armoiries, comme le faisaient les chevaliers. C’est ainsi que l’usage des armoiries s’est étendu aux femmes, aux clercs, aux roturiers et aux collectivités. À cet égard, trois chiffres sont significatifs: pour l’Europe occidentale, nous connaissons environ un million d’armoiries médiévales (antérieures à 1500); sur ce million, les trois quarts nous sont connues par des sceaux, et plus du tiers sont des armoiries de non-nobles.

Géographiquement, les armoiries sont d’abord apparues dans les régions sises entre Loire et Rhin; puis le phénomène s’est rapidement étendu. Vers 1300, toute l’Europe est touchée par cette mode nouvelle. De même, le caractère familial et héréditaire des armoiries ne s’est imposé que progressivement. Au début du XIIIe siècle, il n’est pas rare de voir encore un père et un fils, ou deux frères, porter des armoiries totalement différentes. Un siècle plus tard, ces différences ont disparu: les armoiries sont définitivement devenues des emblèmes familiaux que l’on se transmet de génération en génération. Du point de vue de l’extension sociale, le développement maximal semble atteint à la fin du XVe siècle.

Par la suite, la régression de l’emploi du sceau (désormais remplacé au bas des actes par la signature) entraîne parfois celle des armoiries. Toutefois, en France, en Italie et dans les pays germaniques, jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, toutes les familles nobles et bourgeoises continuent de porter des armoiries, de même que toutes les communautés laïques (villes, corps de métiers, juridictions...) et religieuses (chapitres, abbayes, ordres...). En France, en 1696, Louis XIV décida le recensement de toutes les armoiries portées dans le royaume, afin qu’elles soient consignées dans un immense recueil: l’Armorial général . En fait, cette décision avait surtout un but fiscal: chaque personne, physique ou morale, qui faisait enregistrer ses armoiries devait payer une taxe proportionnelle à son rang social. Les caisses de l’État étaient vides et c’était là un expédient facile pour les remplir. Bien que l’enregistrement fût obligatoire, bon nombre de familles ou d’individus négligèrent de faire connaître leurs armes. Ils furent frappés d’une amende et s’en virent attribuer d’office, différentes de leurs armoiries véritables. Finalement, la résistance des populations, notamment celles de condition modeste qui voulaient bien porter des armoiries mais qui ne voulaient pas payer la taxe d’enregistrement, fit échouer le projet. Celui-ci fut définitivement abandonné en 1709. L’Armorial général ne vit jamais le jour, mais nous en avons conservé à la Bibliothèque nationale les registres manuscrits qui recensent exactement 120 049 armoiries. Bien que certaines ne soient pas des armes effectivement portées mais attribuées d’office, ces registres constituent néanmoins un document quantitatif extrêmement précieux, donnant une bonne «photographie» de l’héraldique française sous l’Ancien Régime et autorisant des statistiques de toutes natures (qui est doté d’armoirie? fréquence des couleurs et des figures, etc.).

Nous avons vu plus haut comment, en 1790, la Révolution partit en guerre contre les armoiries. À partir de 1792, une véritable chasse aux armoiries fut organisée à Paris et dans les grandes villes de province. Sous peine d’amende, de confiscation ou de destruction, il fallait les faire disparaître de tous les biens, meubles ou immeubles, qui en étaient ornés. Les particuliers durent gratter leur vaisselle et leur argenterie, canceller leurs titres, lacérer leurs reliures, retourner leurs taques de cheminée, marteler leurs linteaux de porte. Enseignes et vitraux furent détruits; de nombreux monuments, telle la flèche de la Sainte-Chapelle à Paris en août 1793, furent mutilés sous prétexte qu’ils étaient porteurs de signes de féodalité (fleurs de lis, armoiries, etc.). Cette «terreur héraldique» ne cessa qu’en 1795-1796. Napoléon rétablit les armoiries en 1808 en même temps qu’il rétablit la noblesse à qui il en réserva l’usage. La courte période de 1808 à 1815 fut donc en France le seul moment où le port d’armoiries fut le monopole d’une classe sociale. Mais Louis XVIII abolit les décisions du Ier Empire, et dès la seconde Restauration chacun fut de nouveau libre d’adopter et d’utiliser les armoiries de son choix.

C’est encore le principe en vigueur aujourd’hui, en France comme dans la plupart des pays d’Europe occidentale. Seuls ceux qui ont conservé une noblesse (Royaume-Uni, Belgique, Pays-Bas) en limitent parfois le port. Dans l’ancien bloc communiste, l’héraldique connut à partir des années cinquante une vogue florissante, par le relais de l’emblématique urbaine et administrative. En Pologne, en Hongrie, en Tchécoslovaquie, toutes les communes adoptèrent des armoiries: l’héraldique avait droit de cité à l’université et dans les milieux académiques. En U.R.S.S., la plupart des villes, des institutions et des groupements de production se dotèrent d’armoiries dès le gouvernement de Lénine, grand créateur d’emblèmes.

2. Les règles du blason

Les armoiries se composent de deux éléments: des figures et des couleurs. À l’intérieur de l’écu (dont la forme peut être variable), les unes et les autres ne peuvent pas être employées ni associées n’importe comment. Elles obéissent à des règles de composition, peu nombreuses mais permanentes et contraignantes. Ce fait est important car il met en valeur la différence essentielle qui existe entre l’héraldique européenne et les systèmes emblématiques utilisés par d’autres civilisations. C’est ainsi que les Japonais, les Mamelouks, les Incas, certaines ethnies africaines ou océaniennes ont, à un moment ou à un autre de leur histoire, utilisé des emblèmes présentant avec les armoiries occidentales des ressemblances certaines mais dont la composition n’a jamais été codifiée par des règles impératives.

La principale règle du blason concerne les couleurs. Celles-ci n’existent qu’en nombre limité et portent (en français) des noms particuliers qui soulignent leur caractère abstrait, conceptuel: or (jaune), argent (blanc), gueules (rouge), sable (noir), azur (bleu), sinople (vert) et pourpre (violet-gris). Ces couleurs ne peuvent pas s’employer indifféremment. Le blason, en effet, répartit ces sept couleurs en deux groupes: dans le premier sont rangés l’or et l’argent; dans le second, le gueules, le sable, l’azur, le sinople et le pourpre. La règle interdit de superposer ou de juxtaposer deux couleurs appartenant au même groupe. Prenons l’exemple simple d’un écu dont la figure est un lion; si le champ de cet écu est d’azur, le lion pourra être d’or ou d’argent, mais il ne pourra pas être de gueules, de sable, de sinople ou de pourpre. Inversement, si le champ est d’or, le lion pourra être de n’importe quelle couleur sauf l’argent. Cette règle fondamentale existe dès l’apparition des armoiries, c’est-à-dire dès le début du XIIe siècle. On suppose qu’elle a été empruntée aux bannières (dont l’influence sur les premières armoiries a été considérable) et qu’elle est liée à la fois à des questions de visibilité et à des questions de symbolique des couleurs.

Les figures utilisées par le blason sont nombreuses et diverses. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. Jusqu’au XIVe siècle, il s’agit essentiellement de figures animales (une quinzaine d’espèces d’usage courant), végétales et, surtout, géométriques. Par la suite, le répertoire des figures va en augmentant, la faune et la flore se diversifient, les objets, les armes, les bâtiments, les parties du corps humain font leur entrée dans les armoiries. En outre, ces dernières deviennent plus chargées, comportent plusieurs figures, se subdivisent en sous-parties. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, certaines armoiries, ainsi divisées en de multiples quartiers afin de rappeler toutes les alliances et ascendances d’un personnage, comportent un très grand nombre de figures, au point de devenir parfois illisibles. Cette époque correspond du reste à un certain dessèchement de l’héraldique, qui sombre dans un maniérisme et un didactisme excessifs et qui s’encombre d’une foule de termes, règles et figures inutiles.

Le dessin des figures du blason est également régi par certains principes qu’il convient de respecter. Les figures géométriques ont des proportions définies, et les animaux sont représentés de manière conventionnelle, n’ayant souvent que peu de rapport avec la réalité de leurs formes. Afin d’être vus de loin, ils sont fortement stylisés, et toutes les parties servant à les faire reconnaître (tête, queue, griffes, bec) sont exagérées. Il en est de même des végétaux, dont les feuilles, les fleurs ou les fruits sont disproportionnés par rapport au tronc ou à la tige.

Toutefois, plus que par le dessin et les règles de composition, c’est par la langue du blason que les profanes sont le plus souvent déroutés. Cette langue, qui en français semble totalement ésotérique, utilise un vocabulaire et une syntaxe qui aujourd’hui lui sont propres mais qui au Moyen Âge ne se distinguaient guère du vocabulaire et de la syntaxe ordinaires. Au XIIIe siècle, par exemple, les hérauts d’armes qui décrivent à haute voix les armoiries des participants à un tournoi sont compris de tout le public. Ainsi les termes de couleurs, dont il a été parlé plus haut, ne sont pas réservés au blason: on les rencontre dans les textes littéraires médiévaux, appliqués aux vêtements, aux étoffes, aux animaux, aux objets. Le «décrochement» entre le vocabulaire héraldique et le vocabulaire ordinaire semble dater des XVe-XVIe siècles. Il est plus accentué en français et en anglais qu’en allemand, en italien et en espagnol. Mais ce qu’il faut souligner c’est que même en français, contrairement aux apparences, on peut aujourd’hui encore, avec un petit nombre de termes (une cinquantaine), décrire correctement environ 80 p. 100 des armoiries connues. Un effort d’une heure ou deux suffit au non-spécialiste pour pallier une difficulté terminologique qui lui paraît à première vue insurmontable.

3. L’héraldique traditionnelle

Le mot «héraldique» fut longtemps un adjectif avant de devenir, vers le milieu du XIXe siècle, un substantif. Le terme est dérivé du mot héraut. À l’origine, le héraut est un fonctionnaire au service d’un prince ou d’un seigneur: il a pour fonction de porter les messages, de déclarer les guerres, d’annoncer les tournois. Peu à peu, il se spécialise dans ce dernier domaine et lors des tournois, un peu à la manière de nos reporters sportifs, il décrit pour les spectateurs les principaux faits d’armes des participants. Cela le conduit à approfondir ses connaissances en matière d’armoiries, car il n’y a que celles-ci qui permettent de distinguer les différents tournoyeurs, rendus méconnaissables par leur équipement militaire. Aux XIVe et XVe siècles, les hérauts sont ainsi devenus de véritables spécialistes en armoiries: ils en codifient définitivement les règles et le dessin; ils parcourent l’Occident afin de les recenser; ils élaborent des recueils qui leur servent d’aide-mémoire et où ils peignent toutes celles qu’ils ont rencontrées. Ces recueils, auxquels on donne le nom d’armoriaux, comptent parmi les plus beaux manuscrits que le Moyen Âge nous ait laissés. Sur le mot héraut, on forme donc, au XVe siècle, l’adjectif héraldique, qualifiant tout ce dont s’occupent les hérauts, principalement les armoiries.

Une armoirie révèle deux aspects de la personne qui en fait l’usage: son identité et sa personnalité. C’est à l’identité que s’intéresse l’héraldique traditionnelle et c’est sur elle que repose toute l’aide que cette science a jusqu’à présent apportée aux historiens et aux archéologues. Nous allons en parler brièvement. Mais, comme nous le montrerons ensuite, c’est surtout la personnalité qui devrait attirer les études à venir et faire définitivement sortir l’héraldique du cadre étroit de l’histoire généalogique et nobiliaire.

Code social, le blason, par le jeu de ses règles de composition, situe l’individu dans un groupe et ce groupe dans la société. Qui sait déchiffrer des armoiries peut souvent y lire la place d’un personnage au sein d’une famille, ses alliances matrimoniales, ses fonctions et son statut social ou professionnel; il peut aussi y lire, parfois, la position d’une famille au sein d’un lignage, ses origines, l’histoire de ses alliances et de ses parentés, les rapports des différents lignages entre eux, l’histoire des fiefs, des principautés, des royaumes, des États. En effet, au sein d’une même famille, un seul individu (du moins en théorie), l’aîné de la branche aînée, porte les armes familiales pleines , c’est-à-dire entières. Les autres, tous les autres (par exemple les fils du vivant du père, ou bien les puînés du vivant de l’aîné) n’y ont pas droit et doivent introduire dans l’écu une légère modification. Cette modification s’appelle une brisure. Ce peut être un changement de couleur, l’addition ou la suppression d’une petite figure, un changement de disposition, etc. Les armoiries se transmettant héréditairement, il peut arriver après plusieurs générations et brisures successives que les armes des branches cadettes ne ressemblent plus guère aux armes de la branche aînée. Parfois, au contraire, c’est la ressemblance entre les armoiries de deux familles apparemment non parentes qui permet de reconnaître qu’elles sont issues d’un ancêtre commun. En outre, de son vivant, un individu peut faire subir à ses armoiries familiales, héritées de son père, un certain nombre d’autres modifications. Il peut, par exemple, associer à ses armes paternelles celles de sa mère si celles-ci lui semblent particulièrement honorifiques. Il peut également combiner ses armes familiales avec les armes d’un fief qu’il a acheté ou reçu en héritage, ou bien sur lequel il exerce certaines prétentions. De 1337 à 1801, les rois d’Angleterre ont ainsi porté des armoiries où étaient associées les armes de France et celles d’Angleterre parce qu’ils se prétendaient également rois de France. Enfin, un individu peut placer, de chaque côté ou derrière son écu, des marques para-héraldiques, qui lui sont personnelles et qui indiquent sa dignité, sa fonction ou sa condition sociale: ainsi le chapeau pour un cardinal, la crosse pour un évêque, la cordelière pour une veuve.

Mais il y a plus utile encore. Dans bien des cas, les armoiries confèrent une sorte d’état civil aux objets, aux documents et aux monuments sur lesquels elles sont apposées. Leur identification est souvent un des rares moyens pour situer ces objets dans l’espace et dans le temps, pour en retracer l’histoire et les vicissitudes. Si elles ne sont pas fantaisistes (cas qui se produit plus souvent qu’on ne l’imagine), les armoiries fournissent en effet des noms de personnes et, de ce fait, des dates et des provenances géographiques.

C’est en matière de datation que cet apport de l’héraldique est le plus précieux: les dates extrêmes du port d’une armoirie par un personnage forment, grâce aux règles de brisure et de composition, une fourchette de dates plus réduite que celle qui est constituée par ses dates de vie et de mort. Et lorsqu’il s’agit d’un prince ou d’un grand feudataire, dans les armoiries duquel chaque quartier représente la possession d’un fief ou d’une principauté, il est possible d’obtenir une précision plus grande encore, en recherchant les motifs et les moments qui ont pu justifier la composition armoriée devant laquelle on se trouve. Parfois, la fourchette de dates peut ainsi être réduite à quelques semaines. Dans le cas d’un objet ou d’un monument orné de plusieurs écus appartenant à des personnages différents, on peut également parvenir à une grande précision en établissant une date «résultante» à partir des dates de naissance, de mariage, de début de règne ou de titulature et de décès de chacun de ces personnages. Innombrables sont les objets, les œuvres d’art et les monuments qui ont pu ainsi être datés par leurs armoiries.

Outre des indications de dates, les armoiries fournissent aussi des indications de provenance. Elles peuvent aider à retrouver le premier propriétaire d’un objet, parfois ses possesseurs ultérieurs. Les armoiries apportent ainsi une aide précieuse pour retracer l’histoire de certaines pièces, pour reconstituer certaines collections (notamment les bibliothèques), pour éclaircir les circonstances de leur rassemblement et de leur dispersion, et, sur un plan plus général, pour étudier le mécénat, la politique artistique, la diffusion des modèles culturels, les problèmes de propriété, d’héritage et de transmission de biens meubles.

Tout cela ne concerne évidemment que des armoiries qui ont pu être identifiées. Or l’identification des armoiries pose toujours de gros problèmes. D’une manière générale, plus un écu est chargé et compliqué, plus il est aisé de retrouver son possesseur. Ce sont les armoiries simples qui sont les plus difficiles à identifier. Si l’on rencontre, par exemple, sur un objet des armoiries d’argent au lion de gueules , il faut tout de suite renoncer à en retrouver le propriétaire car, du XIIe au XVIIIe siècle, environ deux mille familles européennes ont porté de telles armoiries.

Cette question mise à part, les difficultés pour identifier des armoiries anonymes viennent essentiellemeent de l’insuffisance des répertoires existants. La plupart sont conçus pour aller du nom à l’armoirie mais pas de l’armoirie au nom. Beaucoup sont lacunaires et de médiocre qualité (notamment pour l’Europe méridionale: chercher à identifier des armoiries italiennes, par exemple, est un exercice pratiquement impossible). En fait, il apparaît bien que la seule solution au problème de l’identification des armoiries anonymes sera le recours (encore balbutiant en 1988) à l’informatique.

4. L’héraldique nouvelle

Il est probable qu’envisagées hors de ces champs traditionnels liés surtout à l’archéologie et à l’histoire de l’art, voire à la généalogie, les armoiries devraient constituer pour l’historien des mentalités un terrain d’investigation fructueux. Nous présentons ci-dessous trois directions où se sont récemment engagées les recherches, mais il en est plusieurs autres dont l’intérêt ne serait pas moindre.

Quelles significations chercher dans les armoiries?

Les profanes sont toujours curieux de connaître la «signification» des armoiries portées par un personnage ou par une famille. L’erreur des héraldistes a souvent été de vouloir répondre absolument à cette interrogation, au lieu d’admettre soit, dans certains cas, qu’il n’y avait pas de signification historique véritable, soit qu’il était très difficile de la retrouver. S’il est indéniable que la plupart des armoiries sont plus «signifiantes» que les autres catégories d’emblèmes, il faut reconnaître qu’au moins une bonne moitié d’entre elles échappe à toute tentative d’explication, et que pour les autres les interprétations proposées ne sont que des hypothèses. Avant de passer en revue les quatre catégories de significations pouvant expliquer le choix de telles armoiries ou de telles figures héraldiques, il faut faire trois remarques. D’une part, les individus sont rarement les auteurs des armoiries dont ils font l’usage; pour la plupart, ils les ont reçues par héritage; même le premier porteur ne les a pas toujours choisies ou composées librement: elles peuvent lui avoir été imposées, vendues, données ou suggérées. D’autre part, même si elle semble avoir été connue de tous à un moment donné, la signification attribuée à des armoiries peut être très postérieure à l’apparition et à la composition de celles-ci. Enfin, il nous est à peu près impossible de connaître la portée de ces significations. Ce dernier point est important car il souligne la difficulté que rencontre souvent l’historien dans le domaine des signes. Par qui étaient comprises les significations que l’on avait voulu donner à une armoirie? Étaient-elles accessibles à tous ou réservées à un petit nombre? Qui savait lire non seulement les identités, mais surtout les intentions symboliques que portaient les armoiries?

Cela dit, pour expliquer le choix des figures et des couleurs qui composent telle ou telle armoirie, on peut distinguer quatre catégories de significations, mais la frontière entre les unes et les autres n’est pas toujours très nette.

Les armoiries parlantes sont celles dans lesquelles certains éléments sont mis en relation avec le nom de celui qui en fait usage. Ce nom est généralement le nom de famille, mais peut être parfois le nom de baptême, un surnom, ou, pour les possesseurs de fiefs, un vocable terrien. La relation peut être directe (une famille Lecoq qui porte un coq dans ses armes), phonétique (une famille Lepaure qui porte un porc), constituée par un rébus (Racine portait un écu composé d’un rat et d’un cygne! ) ou bien allusive (un mouton dans les armes de la famille Pastoureau, ce mot évoquant la profession de berger). La relation peut se faire dans des patois ou des dialectes, ou bien être construite sur des termes aujourd’hui disparus ou difficilement intelligibles. L’usage de ces figures parlantes a probablement été hérité des sceaux. Il est déjà présent dans l’héraldique primitive, et se développe grandement au XIIIe siècle, lorsque les armoiries s’étendent à toutes les classes sociales. L’étude des armes parlantes présente un triple intérêt. Sur le plan de l’anthroponymie, elle permet d’analyser la formation et le devenir de certains patronymes, ainsi que leurs rapports avec l’emblématique. En ce domaine, il apparaît que le nom n’a pas toujours précédé les armes parlantes, mais que c’est parfois l’habitude d’user de telle ou telle figure qui a créé le nom. Sur le plan de la psychologie et de la culture, il peut être intéressant de rechercher pourquoi et comment certaines figures ont été volontiers adoptées comme emblèmes parlants (le coq, le corbeau, le mouton, par exemple) et d’autres, au contraire, tout à fait délaissées même lorsque l’anthroponymie s’y prêtait fort bien (ainsi le chat et le renard au Moyen Âge). Enfin, sur le plan des traditions et du folklore, les armes parlantes peuvent apporter à l’historien d’utiles témoignages. C’est ainsi qu’aux XIIIe et XIVe siècles, dans les pays germaniques, plusieurs familles dont le nom évoque l’idée de roi (Königsbach, Königsberger...) portent un ours dans leurs armoiries. À première vue énigmatique, cette relation parlante cachée s’explique par le fait que dans le folklore occidental l’ours a joué, à la place du lion, le rôle de roi des animaux jusqu’aux environs de l’an mille. L’héraldique a perpétué ici une tradition à peu près totalement oubliée de la littérature et de l’iconographie zoologiques.

Les armoiries allusives sont celles qui, d’une manière ou d’une autre, rappellent non pas un nom mais un fait ou un état en rapport avec l’individu, la famille ou la collectivité qui en fait usage: événement historique, passé glorieux, origine géographique, fonction administrative, prétentions territoriales, etc. Les exemples en sont nombreux et variés. Chez les roturiers, ces armoiries font souvent allusion à une profession, soit de manière directe (un maçon qui porte une truelle), soit de manière indirecte (un berger qui porte une étoile). Les armoiries des villes sont elles aussi fréquemment allusives: allusion à l’activité économique dominante (telle la nef dans les armes de Paris), à une situation géographique (un ours blanc dans les armes de plusieurs villes sises au-delà du cercle polaire), à une origine historique (la salamandre, emblème personnel de François Ier, rappelle dans les armes du Havre que ce roi fut le fondateur de cette ville), à un saint patron (le lion de saint Marc dans les armes de Venise).

Les armoiries politiques (le terme étant pris dans un sens très large) sont celles qui soulignent le lien du possesseur avec un groupe, quelle que soit la nature de celui-ci: clientèle féodale, corps de métier, ordre religieux, faction politique, etc. Les villes de la Hanse allemande, par exemple, portent toutes des armoiries dont les couleurs sont argent et gueules, afin de souligner leur cohésion.

Les armoiries symboliques , enfin, sont celles qui ont pour fonction d’évoquer une idée, un concept, une entité appartenant au monde non sensible. Ici comme ailleurs, c’est surtout la figure principale, et non pas l’écu dans son ensemble, qui est chargée de signification. En règle générale, la symbolique héraldique est simple, s’appuyant davantage sur un vieux fond de symbolique occidentale que sur des constructions ésotériques ou hermétiques. Au reste, jusqu’au XVe siècle, parmi les figures du blason, seuls les animaux semblent réellement posséder un contenu symbolique, lié, d’une manière accessible à tous, à une qualité ou à une vertu: le lion représente la vaillance et la générosité, l’aigle la puissance souveraine, le sanglier le courage, la licorne la pureté, l’agneau l’innocence, etc. Ce n’est qu’à la fin du Moyen Âge que les hérauts d’armes ont commencé à donner aux couleurs et aux figures des sens cachés et des valeurs hiérarchiques, sans grand rapport avec l’héraldique primitive. L’erreur des héraldistes des XVIIe et XVIIIe siècles a été de suivre ces hérauts dans la voie dangereuse et vaine d’un symbolisme plus ou moins hermétique. Les armoiries sont des emblèmes avant d’être des symboles. Ce faisant, elles n’en intéressent que davantage l’historien.

L’héraldique comparée: étude des fréquences et des phénomènes de goût, de vogue et de mode

Il est probable qu’à l’avenir une étude globale des armoiries se révélera pour l’historien plus riche que l’étude, même approfondie, des cas individuels. Plus que les armoiries ayant telle ou telle signification particulière, ce sont celles dont la composition répond à des phénomènes collectifs de goût et de mode qui retiennent désormais son attention. La structure du système de blason et l’importance du matériel documentaire rendent ici l’emploi de méthodes statistiques plus facile et plus pertinent que pour beaucoup d’autres documents historiques. En outre, l’usage généralisé des armoiries fait qu’aucune région d’Europe ni aucune classe de la société n’est exclue de telles enquêtes. On notera particulièrement l’importance quantitative des renseignements fournis par les armoiries pour des catégories sociales (paysans, artisans) sur la mentalité desquels les textes sont souvent avares d’informations.

L’héraldique comparée s’appuie ainsi sur le dépouillement statistique des armoiries recensées par les sceaux et par les armoriaux. Elle a pour but de dresser les indices de fréquence des couleurs et des figures dans les armoiries d’une région, d’une époque, d’une classe ou catégorie sociale, puis d’interpréter les résultats obtenus. Les premiers travaux conduits en ce domaine soulignent que les modes sont plus géographiques que sociales: dans l’ensemble, les indices de fréquence sont à peu près les mêmes dans les armoiries nobles et non nobles, laïques et ecclésiastiques, individuelles et collectives.

S’ils sont dressés avec rigueur et interprétés avec prudence, les indices de fréquence des couleurs et des figures héraldiques dans tel ou tel ensemble d’armoiries peuvent fournir à l’historien de la culture et des mentalités des informations nombreuses et variées. Ils lui permettent notamment de comparer les capacités symboliques des individus et des groupes, d’examiner les aspects passéistes ou novateurs des mentalités, de dégager l’influence des modes. Un phénomène comme le snobisme, par exemple, se lit très bien dans les armoiries bourgeoises du XVIIe siècle qui, par imitation des armes nobles, transforment peu à peu leurs chiens en lévriers, leurs coqs en aigles, leurs outils en fleurs de lis.

L’héraldique imaginaire

L’un des domaines nouveaux des recherches héraldiques est constitué par l’héraldique imaginaire, c’est-à-dire par l’étude des armoiries que, du XIIe au XIXe siècle, l’imagination occidentale a attribuées à des héros de romans (de Chrétien de Troyes à Balzac), à des créatures mythologiques, à des figures bibliques, aux saints et aux personnes divines (Dieu lui-même est doté d’armoiries dès la fin du XIIIe siècle), à des concepts personnifiés (vices et vertus, quatre éléments...), voire à des personnages véritables de l’Antiquité et du haut Moyen Âge qui n’ont évidemment jamais porté d’armoiries mais à qui les siècles postérieurs en ont donné rétroactivement. Il s’agit là d’un terrain d’une richesse exceptionnelle, encore mal défriché, mais qui devrait permettre aux enquêtes héraldiques d’acquérir des dimensions nouvelles sur le terrain de l’histoire culturelle, de l’histoire de l’art et de celle de la sensibilité.

héraldique [ eraldik ] adj. et n. f.
XVe; lat. médiév. heraldicus, de heraldus « héraut »
1Relatif au blason. Science héraldique. Pièce, meuble, figure, ornement héraldique.
2 N. f. (1845) L'héraldique : connaissance des armoiries. Livre d'héraldique.
Ensemble des emblèmes de blason.

héraldique adjectif (bas latin heraldicus, de heraldus, héraut) Relatif aux armoiries. ● héraldique (expressions) adjectif (bas latin heraldicus, de heraldus, héraut) Art héraldique, exécution des armoiries par la peinture ou tout autre art graphique ou plastique, conformément aux règles. ● héraldique nom féminin Discipline ayant pour objet la connaissance et l'étude des armoiries.

héraldique
adj. et n. f. Didac.
d1./d adj. Qui a rapport au blason. Art héraldique.
d2./d n. f. Science du blason, des armoiries.

⇒HÉRALDIQUE, adj. et subst. fém.
I. — Adj. Qui a rapport au blason :
1. ... le décor, qui pourrait être inspiré des gravures d'ornement de Geoffroy Tory, est surtout composé d'éléments monochromes incrustés tels que fleurons ou roses, étroites frises d'entrelacs ou d'anneaux en chaînes, armoiries et emblèmes héraldiques, exécutés en noir ou en brun-rouge...
G. FONTAINE, Céram. fr., 1965, p. 22.
SYNT. Art, science, sculpture héraldique; couleur, dessin, dragon, écusson, figure, graveur, livre, ornement, ouvrage, prestance, raideur, sphinx, vocabulaire héraldique.
II. — Emploi subst. fém. ,,Science du blason; ensemble des usages et règles permettant de décrire et de représenter exactement armes et armoiries`` (VOGÜÉ-NEUFVILLE 1971). Héraldique anglaise; livre d'héraldique :
2. ... les chevaliers qui entraient en lice étaient annoncés et décrits par des hérauts, d'où le nom de l'héraldique, science des hérauts d'armes. À cette époque, la composition du blason est géométrique...
L'Hist. et ses méth., 1961, p. 745.
En partic. Héraldique ecclésiastique. ,,Science des armoiries des membres du clergé tant régulier que séculier`` (VOGÜÉ-NEUFVILLE 1971).
REM. 1. Héraldico-féodal, -ale, -aux, adj. Qui, par son caractère héraldique, rappelle la féodalité. Madame de la Hampe ne manquerait pas d'affirmer ses prétentions par un costume héraldico-féodal (GYP, Province, 1890, p. 182). 2. Héraldicomane, adj. Atteint de la passion de l'héraldique. Il a cela de curieux et qui le recommande à v[otre] faveur héraldicomane qu'il descend de Jeanne d'Arc par Gautier son frère, il se nomme Édouard Gautier d'Arc (BALZAC, Corresp., 1835, p. 638). 3. Héraldiquement, adv. Selon la science héraldique. Vous savez qu'il [le roi] y a été appelé par un congrès européen, et il a même fort hésité à l'accepter, jugeant cette souveraineté un peu inégale à sa race, la plus noble, héraldiquement parlant, de toute l'Europe (PROUST, J. filles en fleurs, 1918, p. 459). 4. Héraldisme, subst. masc. Art héraldique. Sauf ces contretemps [des bruits de machines], il respirait à pleine gorge les sortilèges de l'héraldisme (ARNOUX, Paris, 1939, p. 112).
Prononc. et Orth. : []. Cf. héraut. Att. ds Ac. dep. 1718. Étymol. et Hist. 1. a) 1680 « relatif au blason » (RICH.); b) 1701 colonne héraldique (FUR.); 2. 1839 art héraldique (BALZAC, Béatrix, p. 11); 1845 subst. « art du blason » (E. GACHET, Hist. des seigneurs de Gavres, Prologue ds GDF. Compl., v. FEW t. 16, p. 200, note 6). Dér. sav. du lat. médiév. heraldus (XIIIe s. ds NIERM.), transposition de héraut; suff. -ique. Fréq. abs. littér. : 87. Bbg. QUEM. DDL t. 7 (s.v. héraldisme).

héraldique [eʀaldik] adj. et n. f.
ÉTYM. XVe; du lat. médiéval heraldicus, de heraldus, latinisation de héraut.
1 Adj. (1690). Relatif au blason ( Blason). || Science héraldique. || Couleurs héraldiques. || Pièce, meuble, figure, ornement héraldique.Colonne héraldique, qui porte des écussons blasonnés.
1 (…) la plaque de fer écussonnée de trois fleurs de lys héraldique !
Aloysius Bertrand, Gaspard de la nuit, Nuit et ses prestiges, X.
2 Les murs étaient tendus de tapisseries et décorés de nombreux trophées héraldiques (…)
Baudelaire, Trad. E. Poe, Nouvelles histoires extraordinaires, « Le portrait ovale ».
3 La guerre, qui détachait soudain du blason des grands empires les animaux héraldiques et les faisait pour moi lutter silencieusement à mort, la licorne avec l'ours, l'aigle à une tête avec son collègue à trois têtes !…
Giraudoux, Suzanne et le Pacifique, VIII, p. 145.
4 (…) le roi khmer peint en or porté en procession sur son piédestal de glaïeuls, l'astrologue qui déchiffre le ciel de Chaldée pour y suivre une lente course d'immenses lions héraldiques, ne nous fascinent pas moins que la face hagarde qui rêva des bisons magdaléniens.
Malraux, la Métamorphose des dieux, p. 32.
5 Je m'avançais lentement, sûrement, avec la certitude d'être le personnage héraldique pour qui s'est formé un blason naturel : azur, champ d'or, soleil, forêts.
Jean Genet, Journal du voleur, p. 51.
2 N. f. (1845). || L'héraldique : connaissance des armoiries; art relatif aux armoiries. Blason (I., 2.). || Livre d'héraldique.Ensemble des emblèmes de blason.
tableau Noms de sciences et d'activités à caractère scientifique.
tableau Termes de blason.
DÉR. Héraldiquement, héraldiste.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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